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de ses divisions, unité, variété et synthèse, c’est-à-dire série. Comme toute série créée se compose d’un certain nombre d’unités formant groupe, lesquelles unités sont elles-mêmes des séries formées d’autres unités, susceptibles d’être décomposées à leur tour en de nouvelles séries (348, 349) ; ainsi le travail, manifestation de l’intelligence et de l’activité humaine, suit les lois de la nature et de la pensée ; il ne se divise pas, si j’ose employer ce langage chimique, en ses parcelles intégrantes, il se dédouble en ses espèces constituantes. Or, on reconnaîtra que le dédoublement du travail est régulier, conforme à la marche de la nature et de la raison, à ce double caractère : 1o la spécification de l’œuvre ; 2o  la synthèse ou composition de ses parties.

421. Tous les êtres créés sont des séries, et des séries de séries, à l’infini. La création elle-même n’est que la série mise en action ; et qui dit créer dit nécessairement, pour notre intelligence, sérier. Étudier la nature, c’est en suivre les séries, c’est opérer un interminable dédoublement : et lorsque l’analyse est parvenue à un degré auquel tout dédoublement ultérieur est impossible, la nature se voile, le panorama s’évanouit. C’est pour cela, ai-je dit, que nous concevons, sans les connaître, les substances et les causes : là où nous échappe la série, notre vue se trouble, tout rentre dans l’obscurité : c’est le non plus ultrà de notre faculté de connaître.

La série n’existe qu’à deux conditions : division et groupe. Si le Créateur s’était borné à opérer sur la matière par une force de division infinie, l’univers pulvérisé, gazéifié, dispersé comme un nuage léger à travers l’espace, privé de formes, l’univers n’existerait qu’à demi : il serait, pour ainsi dire, entre l’être et le néant. Pour que la création fût complète, il fallait une force de coercition qui déterminât des groupes, des assemblages, des organismes, des systèmes, selon des lois variées et des modes innombrables. Cette double condition de la série éclate surtout dans les systèmes sidéraux : sans la force centrifuge, les masses planétaires tomberaient sur leurs soleils ; sans la force centripète, elles s’échapperaient par la tangente de leurs orbites, et s’éparpilleraient dans l’espace.

De même, si la raison ne suivait d’autre loi que celle de la décomposition des idées, si elle se bornait à distinguer et analyser ses perceptions à l’infini, elle se perdrait dans des subtilités inintelligibles ; son ignorance croîtrait avec son activité ; l’esprit, comme nous le disions tout à l’heure de l’univers, serait placé entre l’être et le non-être ; il verrait tout, et ne connaîtrait rien. Pour que l’esprit s’élève jusqu’à la science, il faut que sa faculté synthétique