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les avantages de la force collective, la solidarité et les garanties qui en résultent, sont perdus.

417. Ou bien les cent ouvriers, se divisant par escouades, se classeront eux-mêmes en fossoyeurs, chargeurs, porteurs et remblayeurs. Dans cette nouvelle distribution, la moitié ou les deux tiers des outils se trouveront de trop, en même temps que l’ouvrage avancera avec une rapidité triple ou quadruple. Alors le travail sera véritablement divisé.

Ainsi : 1o division du travail, c’est économie du capital ;

2o Division du travail, c’est spécification, différenciation, espèce dans le genre, non pas fraction ni morcellement.

La division du travail est la série elle-même se manifestant aux yeux, et, qu’on me pardonne cette expression théologique, s’incarnant dans la société.

418. Diviser le travail, c’est économiser le capital : cette proposition, l’une des plus fécondes de la science économique, se convertit dans la suivante : Diviser le travail, c’est condamner la petite industrie. Car, comme en géométrie la capacité d’une sphère décroît en progression beaucoup plus rapide que la circonférence ; de même, en économie politique, les produits d’une exploitation décroissent beaucoup plus vite que ses frais généraux. En combinant cette loi avec la propriété et la liberté individuelle, on arrive à cet aphorisme :


Division du travail, grande exploitation :
Petite propriété, grande culture.


Les subversions industrielles et commerciales qu’engendre la violation de ces principes sont : le cumul des fonctions, l’emploi de capitaux superflus, l’augmentation des frais, la perte des forces vives, l’asservissement des bons ouvriers, l’encouragement donné aux mauvais, la longue durée et le désordre des opérations, la médiocrité des produits. On sait depuis longtemps que le défaut de spécialité enlève au travailleur l’habileté, la dextérité, le génie ; or, ce qui est vrai de l’individu l’est aussi de l’atelier, de la société tout entière. J’ai vu périr de vastes établissements, par suite de la manie des maîtres d’accumuler chez eux toutes les industries auxquelles ils étaient forcés d’avoir recours : ils croyaient gagner en faisant tout par eux-mêmes, et ils se ruinaient, parce qu’au lieu de produire en abondance, avec un faible capital, une valeur