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par les économistes. Si la monnaie est une marchandise, à quoi sert-elle ? si elle n’est qu’un signe, pourquoi un morceau de bois, de faïence ou de pierre, un chiffon de papier, ne la remplacerait-il pas ? — La lettre de change n’ayant valeur qu’autant qu’elle est appuyée sur un gage dont on peut exiger la remise ou l’équivalent ; le billet de banque n’étant estimé à l’égal de l’argent que parce que l’on est sûr d’en trouver le montant à la caisse de la Banque : la lettre de change et le billet de banque ne sont pas des signes, mais des contrats. — La monnaie, en tant que monnaie, n’est point chose qui se consomme : de là cette vérité mille fois démontrée, que la richesse et le bien-être d’une nation ne résident pas dans la quantité de numéraire qu’elle possède, mais dans la somme des valeurs consommées et produites ; ce qui ôte radicalement à la monnaie le caractère de marchandise. Mais la monnaie n’est pas non plus seulement un signe, puisque celui qui la porte possède une valeur réelle, et ne craint pas la banqueroute.

Il reste, ainsi que nous l’avons annoncé en tête de cet article, que la monnaie soit l’instrument de la circulation, comme le capital fixe ou engagé est l’instrument de la production. Le capital, sans matière exploitable et sans main-d’œuvre, demeure stérile ; le produit sans échange tombe en non-valeur. Mais une fois représenté par la monnaie, le produit se transforme au gré du travailleur : la société, telle du moins que nous la connaissons, ne peut donc subsister sans monnaie. Produit elle-même du travail appliqué aux matières les plus rares et les moins transformables, la monnaie offre, pour ainsi dire, à la fidélité des transactions, la double garantie de l’homme et du Créateur.

407. Quel que soit le mode d’organisation de la société, communiste ou propriétaire, despotique ou républicain, il est impossible, à moins d’opprimer les volontés, de forcer les goûts et de violer le secret de la vie privée, de se passer d’un instrument d’échange portant avec soi sa garantie, en un mot, de monnaie. Pour accorder les principes de l’égalité avec ceux d’une libre consommation des salaires ; pour que la répartition des produits s’effectue d’une manière commode et expéditive, équitable et sûre, autrement que par des assignats toujours suspects, d’interminables comptes-courants, des effets de banque trop faciles à multiplier pour qu’on n’en redoute pas la dépréciation, et qui d’ailleurs nécessitent la franchise permanente de capitaux énormes ; des billets au porteur, incommodes pour les menues dépenses si le chiffre en est élevé, qui s’en vont en fumée si le chiffre en est faible, sujets aux mille inconvénients de la contrefaçon, d’une prompte