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teur n’est plus qu’un instrument dans la main du capitaliste, qui lui vend ainsi le travail avant d’écumer son produit.

b) Dans cette situation, le travailleur pressuré cherche à s’affranchir des entraves du capitaliste en élevant son salaire et demandant des garanties ; le capitaliste, que les prétentions du travailleur inquiètent, s’efforce de réduire la main-d’œuvre en remplaçant l’homme par la machine ; tant qu’à la fin celui qui auparavant comptait dans la société comme travailleur, se trouve tout à coup exclu de la production et de la consommation.

c) Enfin, production et consommation, de même que produit brut et produit net, étant deux termes corrélatifs servant à exprimer la double face d’une circulation unitaire, il est contradictoire de supposer la consommation plus grande que la production, ou la production plus grande que la consommation. Mais le parasitisme capitaliste consommant improductivement une partie de la richesse collective, il se fait dans le produit net du travailleur un vide qui restreint ses moyens d’échange, et qui s’accroît d’autant plus que le jeu des capitaux laisse à l’ouvrier une moindre part dans l’œuvre industrielle. Voilà comment l’abondance des produits peut être accompagnée de non-vente et de misère. La cause première de ce désordre est dans l’usurpation du propriétaire, qui, consommant gratuitement une partie du produit, et vendant le reste au prix de la totalité, oblige le travailleur à racheter pour cinq francs ce qu’il a livré pour quatre. Je ne parle pas des autres causes de stagnation et d’encombrement déjà signalées.

398. Formation des capitaux. On a dit et répété à satiété : Sans la propriété, point de capitaux. Cette proposition a paru si bien établie, si solidement appuyée sur l’histoire, qu’elle a fait rejeter sans examen les démonstrations économiques les plus certaines, par cela seul qu’en attaquant la propriété, elles compromettaient la formation des capitaux, justement regardés comme l’aliment du travail et le palladium de l’industrie.

Oui, c’est un fait incontestable que, jusqu’à ce jour, la propriété a été le principe de l’épargne ; et c’est une vérité non moins certaine que la propriété est indéfendable, qu’elle penche vers sa ruine, ou, si le mot paraît trop dur, vers sa métamorphose : or si le droit du conservateur est de s’attacher au fait par la crainte de trouver pis en s’abandonnant à la théorie, le devoir de l’économiste est de chercher le mot de cette énigme, et, s’il se peut, de concilier ces contradictions.

399. D’abord, il serait étrange que, le capital étant du travail accumulé, les travailleurs, par cela même qu’ils travaillent, fussent incapables d’épargner et capitaliser. Rien n’expliquerait une