Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/27

Cette page a été validée par deux contributeurs.


31. Telles furent les premières compositions par lesquelles l’esprit humain, essayant ses forces, répondait aux grandes questions de cosmogonie et d’anthropologie. Les miracles et théophanies faisaient partie essentielle de ces récits, dont les acteurs, abstractions personnifiées, revêtirent des formes fantastiques, pareilles à ces monstres dont les artistes du moyen âge chargeaient leurs sculptures : sphinx, dragons, lions ailés, chimères, centaures, démons, etc.

Or, telle était la base, non-seulement des croyances, mais de la morale et des lois. Qu’on juge, dès lors, si ces fables ou mythes étaient chères aux peuples, et précieuses aux législateurs ! Avec quel dédain on dut accueillir les premiers qui s’avisèrent d’en révoquer en doute la réalité ! Qui êtes-vous, hommes nouveaux, leur disait-on, pour substituer les pensées de votre cœur à la parole de Dieu, à la foi de nos pères ? Nos pères ont été témoins de ces miracles ; ils ont reçu ces révélations ; et nous savons qu’à Dieu rien n’est impossible……

Combien ensuite la foi religieuse dut se fortifier, lorsqu’on vit la philosophie elle-même échouer dans la solution des problèmes qu’elle accusait la Religion de travestir !

32. Le symbolisme, loin d’être une réponse aux problèmes dont je parle, n’a fait, pour ainsi dire, que les mettre en scène. Une erreur très-commune de nos jours est de s’imaginer que ces mythes cachent une philosophie profonde et de hautes formules métaphysiques, tandis qu’ils attestent l’impuissance même de la pensée, et la nullité de la science.

Plus on creusera l’esprit du dogme et les traditions, plus on se convaincra que la Religion roule perpétuellement dans un cercle d’idées concrètes dénuées de profondeur et de généralité ; plus on verra, chose singulière ! que la Religion ne comprend rien à ses propres mystères et à ses cérémonies, qu’elle s’ignore elle-même

    la religion, telles que l’existence de Dieu, les principes de la morale, etc. ; elle rejette seulement la manière dont la religion en rend compte, et les broderies qu’elle y ajoute. Ainsi la science admet que la continence est nécessaire à la paix des familles, au bonheur des mariages, au perfectionnement des personnes : mais elle est peu touchée de ces considérations religieuses, savoir, que nos corps sont les temples du Saint-Esprit ; que Jésus-Christ a voulu naître d’une vierge et mourir vierge ; que par sa virginité la mère de Dieu est devenue la plus parfaite des créatures ; que le célibat est un état plus saint que le mariage ; que la dévotion à Marie est un excellent moyen de conserver la pureté, etc. Toute cette partie théologique est mise par la science au rang des symboles ; et, tandis que le vulgaire n’y voit qu’un accessoire de la religion, je l’appelle, moi, exclusivement religion.

    Au reste, je déclare que je n’avance rien dans ce chapitre, que l’on ne professe publiquement dans l’université.