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394. La valeur des choses se compose de deux éléments : l’utilité du produit, la quantité de travail dépensée dans la production. Ces deux éléments ont été désignés par les économistes sous les noms pratiques de demande et offre. Comme ces deux expressions semblaient impliquer indépendance absolue de la part du producteur et du consommateur et insolidarité respective, on a cru que la valeur était essentiellement variable ; et, sur ce terrain mouvant de la variabilité de la valeur, on a entrepris d’élever l’édifice économique. Mais il s’est trouvé que la variabilité dans la valeur était comme Ahriman, le mauvais principe, dont les adorateurs ne s’occupent qu’afin d’en conjurer l’influence : on a cherché tous les moyens possibles tantôt de fixer la valeur, tantôt de la régler, tantôt d’en prévoir les variations ; ce qui, au fond, était toujours la même chose. Enfin le jour approche où, toutes les chances étant soumises au calcul, la capricieuse divinité enchaînée et la bonne foi triomphante, l’Économie politique professera cet aphorisme :

C’est à l’acheteur à désigner la quotité du produit ;

C’est au fabricant à fixer la valeur des choses par la quantité du travail.

Alors seulement la double formule de Smith et Say trouvera sa pleine et entière application :

a) La division du travail est limitée par l’étendue du marché. En effet, l’étendue des besoins règle le développement de la production ; la quantité des produits à réaliser détermine le nombre des travailleurs ; plus le nombre des travailleurs diminue, moins le travail exige de division. Mais aujourd’hui, par suite de la cupidité, de l’impéritie et de la concurrence, la division du travail tantôt dépasse, tantôt n’atteint pas les besoins du marché : d’où il arrive ou que la marchandise est avilie, ce qui porte préjudice au travailleur ; ou que les frais de production sont excessifs, ce qui cause une perte pour le consommateur.

b) La consommation et la production doivent toujours se balancer l’une par l’autre. Comment cela pourrait-il être, avec le principe de la variabilité de la valeur ? Et réciproquement, si la production et la consommation se balancent, comment la valeur peut-elle varier ? comment la demande et l’offre ne se font-elles pas équilibre ? comment y a-t-il des non-valeurs, des ouvriers sans travail, et des stagnations commerciales ?…

395. On remarquera sans doute comment l’idée fondamentale de travail nous conduit, par des équations successives, à la constitution de la science, et lui donne un caractère mathématique. Ce ne sont pas là de vaines et mystiques généralités, montées sur de