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vérité, disait Leibnitz, est dans la liaison des idées, c’est-à-dire dans leur série.

Qu’est-ce qui distingue le rêve de la veille ? C’est que, dans le rêve, les idées sont brisées, les intuitions formées de fragments de séries, et toutes les lois de la pensée, lois selon lesquelles le moi rêvant lui-même pense, à chaque instant violées.

Que faut-il entendre par concepts ? La représentation de l’élément, de la raison et des modes de la série. Cet élément, cette raison et ces modes, considérés dans leur universalité, deviennent eux-mêmes les points de vue généraux de toute série.

« Toute la faculté de l’entendement, dit le philosophe de Rœnigsberg, consiste à réduire la synthèse de la diversité à l’unité de l’aperception » ; c’est-à-dire à se représenter fidèlement la série, puis à la prendre elle-même pour unité.

Le concept d’unité, adéquat à celui d’infini, est la forme propre et spéciale de l’entendement, comme elle est la condition de toute aperception. Au delà de l’unité, comme au delà de l’infini, il n’y a rien.

« Mais, ajoute Kant, l’entendement ne donne l’unité de l’aperception à priori qu’au moyen des catégories. » Cela veut dire que, d’abord, nous ne pouvons former de série sans un point de vue.

« Le concept sans intuition ne donne pas la connaissance. » Pour avoir l’intelligence d’une série, il ne suffit pas d’un point de vue ; il faut une matière, un élément. Ce n’est pas tout encore : le point de vue et l’élément étant donnés, « les lois particulières qui concernent des phénomènes déterminés empiriquement ne peuvent dériver des catégories, quoiqu’elles y soient soumises ; » c’est-à-dire qu’après le point de vue et la matière, une dernière chose est essentielle à la formation de la série, c’est le rapport ou la raison.

Donc, l’élément (matière ou substratum de la série), le point de vue et la raison étant donnés, la série peut être construite, et toute science est possible à priori. Je dis plus : la sensation n’étant intelligible que par la série, l’hypothèse d’une science à posteriori, c’est-à-dire d’une science qui aurait besoin d’autre chose que de ses conditions formelles, est une absurdité. Le rôle de l’observation empirique, relativement à la formation de la connaissance, se borne, soit à susciter des phénomènes, comme dans la physique et la chimie expérimentales, pour en découvrir ultérieurement les lois rationnelles ; soit à vérifier les conclusions de la théorie dans le phénomène. Mais l’observation n’est pas la science, pas plus que la mémoire, pas plus que la sensation.

356. Que ce soit donc le moi qui, en vertu de l’unité de son