Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/241

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


descendue, pour ne s’arrêter qu’au lieu d’où elle est partie.

Mais l’aperception primitive des concepts est si confuse et si vague que la parole ne peut l’exprimer : de là cette contradiction philologique que nous avons relevée tout à l’heure. L’homme ne peut que bégayer ses sentiments et ses sensations : il parle ses idées. L’animal crie, chante, se plaint, parce qu’il est sensible : il ne parle pas, parce qu’il n’a point d’idées, parce que son intelligence n’est point à lui, parce que son âme n’est point, comme la notre, émancipée de la Divinité.

Ce qui d’abord tourmente les enfants et excite leur inquiétude, est l’espace. Existe-t-il une voûte au-dessus de nos têtes, et par delà cette voûte, une autre qui la renferme, puis une troisième qui contienne celle-ci, etc. ? C’est ainsi que l’esprit, informé par la loi sérielle, poursuit la série lors même qu’il ne rencontre plus d’objet, comme l’oiseau qui, privé d’air, s’efforce d’aspirer le vide. Les Hébreux se figuraient le monde comme une suite de sphères concentriques : le nom même d’espace, dans leur langue, est synonyme de plaque de métal, parce que, suivant leur opinion, le premier ciel était de cristal poli comme un miroir métallique. Tous les peuples ont placé de l’autre côté de la sphère céleste le séjour des bienheureux et des anges, et le trône de la Divinité.

Un autre sujet d’anxiété non moins vive est le Temps. L’imagination s’élance d’abord à l’origine des choses et se demande : Avant la création, qu’y avait-il, et que faisait Dieu ? La plupart des faiseurs de cosmogonies ont répondu qu’il méditait. Aussi Dieu est-il généralement représenté sous les traits d’un vieillard à la pensée profonde : on l’a appelé l’Ancien, l’Éternel, comme plus tard, à l’aide des concepts de Substance et de Cause, on l’a nommé le Vivant, le Fort, l’Être suprême, Créateur ou Causateur de toutes choses. J’ai raconté aux précédents chapitres l’histoire de ces deux derniers concepts et leur influence sur la société.

355. Si la discussion dans laquelle nous venons d’entrer au sujet des universaux et des catégories a porté la lumière dans l’esprit du lecteur, le problème logique, ou problème de la légitimité de la connaissance, est résolu. Qu’entend-on par critérium de certitude ? La condition absolue de la science. Or, cette condition, nous l’avons suffisamment exposée dans les six premiers paragraphes de ce chapitre : c’est la série. La série, c’est-à-dire : 1o la division, la multiplicité, le nombre ; 2o un rapport différentiel, engendrant synthèse, totalisation, groupe.

Qu’est-ce qu’une idée ? L’intuition d’une série.

Qu’est-ce que la vérité ? La démonstration de cette série. La