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n’apprend rien : il faut en étudier les causes et les lois, si l’on veut qu’il prenne rang dans la science.

« De mon côté, je ferai voir, par une dialectique dont la certitude sera éprouvée, que le fait d’inégalité intellectuelle entre les individus est purement accidentel et transitoire ; que la tendance de la société est à l’égalité des intelligences, comme au nivellement des conditions ; que l’équivalence des talents et capacités est la norme de la raison collective dont nous ne sommes tous que des manifestations ; je développerai les causes de cette inégalité passagère qui tourmente tant de nobles cœurs ; j’exposerai sa raison d’être et sa marche décroissante ; enfin je donnerai la mesure de comparaison des capacités, et, si j’ose ainsi dire, le noomètre de l’espèce humaine. »

Les rédacteurs de la Phalange, prenant sans doute ce défi pour une bravade, ne crurent pas devoir y répondre. Je n’entrerai pas aujourd’hui dans les détails qu’une semblable discussion exige : cela me mènerait trop loin. Je me contenterai de présenter le sommaire de la thèse, laissant à l’école sociétaire, en réparation de ses préjugés aristocratiques, l’honneur du développement,

315. Si le lecteur a présent à la mémoire tout ce que nous avons exposé jusqu’ici touchant la religion, la philosophie, le progrès des sciences, l’émergence de la théorie sérielle, et la création d’une méthode transcendentale de la connaissance, le fait d’inégalité entre les capacités doit lui apparaître, dans la civilisation, comme une anomalie, et, en soi-même, comme une impossibilité.

L’activité, ou la faculté productrice de l’homme, se compose de deux éléments : 1o l’aptitude ou spécialité instinctive ; — 2o l’intelligence.

L’aptitude est donnée par le tempérament, les premières impressions, l’éducation, les habitudes ; l’intelligence se développe en trois périodes successives ; l’aperception spontanée, la réflexion, la connaissance méthodique ou la science.

Toutes les aptitudes, étant données par la nature, sont également estimables, également bonnes ; seulement elles peuvent être corrigées ou diminuées, transformées, fortifiées, exaltées, créées même, par la génération, le régime, la discipline ; en un mot, par toutes les circonstances du milieu où se développe l’individu, mais surtout par la méthode, que l’on peut ici définir : l’éducation de l’intelligence. Les modifications auxquelles l’homme soumet les animaux et les plantes, cette action merveilleuse qu’il exerce sur les êtres vivants, sont l’image et l’analogue de celles qu’il peut exercer sur lui-même. Le temps viendra où la production des spécia-