Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/205

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Or, la méthode sérielle prouve à priori, d’une manière invincible, que tous ces faits doivent tôt ou tard s’annihiler ou du moins s’affaiblir indéfiniment.

L’axiome métaphysique sur lequel elle se fonde est celui-ci : Cela seul est durable, vivace, utile et beau, qui est sérié ; cela seul est d’institution naturelle et permanente, qui a son ordination en soi, cujus lex in ipso est ; ou, comme disait Montesquieu, dont les lois résultent de ses propriétés essentielles.

309. Faits anté-normaux. Parlerai-je de la religion ? La religion n’est point ordonnée en elle-même, ni pour le dogme, ni pour le culte, ni pour la discipline, ni pour le gouvernement. Le christianisme, par exemple, a déduit sa trinité divine de la trinité cosmique ; son dogme de l’incarnation est une réminiscence panthéiste ; son gouvernement une imitation de la hiérarchie civile et militaire des Romains ; ses fêtes, par une coïncidence singulière, sont distribuées selon le cours du soleil et les positions des astres ; son histoire appuyée sur des témoignages humains. Essaye-t-il de se prouver, il raisonne comme la philosophie.

En toute chose la religion, institution soi-disant divine, copie la science humaine ; et, pour se mettre d’accord avec la raison, elle demande, au nom de la raison, la soumission de la raison.

Mais la religion est sentiment, foi, amour, admiration spontanée, obéissance aveugle : elle est le commencement de la science, initium sapientiœ timor Domini, le point de départ de la réflexion et de la liberté : c’est le fait le plus ancien, le plus universel, et, dans son principe, le plus indestructible de notre espèce.

Par ces motifs, la religion n’est point un fait de subversion, mais un fait précurseur de l’ordre ; fait qui, par conséquent, expire dans l’établissement de l’ordre.

Nous verrons au chapitre V comment il convient de procéder à l’abolition ou plutôt à la transformation de ce fait.

Je ne reviendrai point sur la philosophie : il est suffisamment démontré, ce me semble, que, comme investigation générale du vrai, la philosophie n’a en soi ni distribution, ni méthode, ni spécialité, par conséquent, pas de réalité. Et quand, selon les expressions de Jouffroy, elle cherche à déterminer son objet, sa circonscription, sa méthode ; quand, enfin, elle veut se faire science ou norme, elle avoue que jusque-là elle n’a été rien, et qu’en se spécialisant elle s’abdique elle-même.

Quant à la royauté et à la démocratie, considérées dans leur idée pure, nous en parlerons en leur lieu.

310. Faits anormaux. Les faits anormaux se distinguent des anté-normaux, en ce qu’ils n’ont pas leur raison dans le développe-