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de vue des questions (248 et suiv., 253), à fixer de plain-saut la position d’un problème. Mais qu’on lui soumette une hypothèse, et, en construisant la série supérieure dont cette hypothèse fait partie comme unité, elle saura promptement reconnaître si elle satisfait à toutes les propositions collatérales ; et c’est en quoi la métaphysique surpasse les mathématiques, forcées de recourir à elle pour le même objet. Ainsi, pour revenir à notre loi électorale, après avoir prouvé que le suffrage universel en est la conséquence, la dialectique sérielle démontrerait bientôt, par l’analyse et par les faits, que l’extension des droits politiques ne résout pas le problème de l’organisation ; qu’elle en est le corollaire plutôt que le principe ou le moyen ; que, par conséquent, vouloir arriver par la première à la seconde, au lieu de les faire marcher de front, c’est supposer entre elles une filiation qui n’existe pas, c’est raisonner en philosophe.

307. Les anciens logiciens comparaient le syllogisme double, ou dilemme, à un glaive à deux tranchants : cette image serait faible pour donner une idée de la méthode sérielle, soit dans la réfutation, soit dans la preuve. C’est comme une machine cylindrique, écrasant et broyant les sophismes par milliers ; c’est le char de feu d’Ézéchiel, éclairant au loin sa route et roulant sans s’arrêter ni reculer jamais.

308. On a vu avec quelle facilité la méthode sérielle découvre à priori le vice de certaines théories auxquelles le syllogisme ne peut atteindre, et qui semblent défier le sens commun et l’expérience. Elle n’est pas moins puissante pour anéantir l’autorité de certains faits longtemps admis comme légitimes par la conscience humaine, ou du moins regardés comme nécessaires dans la pratique des nations.

Faits anté-normaux et anormaux. — Dans le développement de la civilisation, et la constitution lente et progressive des sociétés, il se passe une multitude de faits, soit de préparation et de transition, soit de subversion et d’antagonisme, témoignages éclatants des efforts de la nature créatrice, mais qui tous ne peuvent servir que d’une manière négative à la démonstration de l’ordre.

De ce nombre sont, comme faits préparatoires ou anté-normaux, c’est-à-dire antérieurs à l’ordre, la religion et la philosophie, la royauté et la démocratie ; — comme faits anormaux ou de subversion, le despotisme, l’esclavage, l’inégalité des conditions, la guerre ; et, comme conséquences du désordre, les institutions soit répressives, cours pénales, prisons, échafauds ; soit palliatives, hôpitaux, ateliers de charité, aumône.