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trôleurs et receveurs fiscaux, est peut-être de toutes les opérations administratives la plus délicate et la plus difficile.

Et d’abord, sur quoi se prélève l’impôt ? L’impôt se divise en foncier, personnel, mobilier, patente, licence, prestations en nature, etc. ; c’est-à-dire impôt sur les terres, maisons et instruments de travail ; impôt sur les hommes, sur le travail, sur la consommation, sur le produit. Mais cette série de l’impôt est inutile pour l’objet qui nous occupe, car elle est purement verbale, et se réduit en réalité à une seule espèce, l’impôt sur le produit. En effet, le propriétaire, le capitaliste, l’industriel, le débitant, le consommateur payent leur contribution foncière sur leur revenu, leur personnelle sur leur revenu, leurs patente, licence, centimes additionnels, etc., etc., sur leur revenu. S’ils entamaient leur principal, ils se ruineraient ; s’ils retranchaient sur leur nécessaire comme le pauvre peuple à qui l’impôt indirect arrache le morceau de la bouche, ils périraient de faim. C’est donc en définitive sur le produit que se perçoivent les impôts : la conséquence nécessaire est que les producteurs sont les vrais contribuables.

Maintenant qui est-ce qui produit, qui est-ce qui travaille ? Je ne veux point ici réchauffer l’inquiétante distinction des producteurs et des improductifs : la matière est épuisée, et ne peut que déplaire là où les faits accomplis ont force de loi. J’admets que le propriétaire, le rentier et le capitaliste produisent réellement par le prêt de leurs capitaux ; que tel qui ne fait que consommer, produit encore : du moins m’accordera-t-on en revanche qu’ils ne produisent pas seuls ; et si l’on évalue leur participation au produit d’après le taux ordinaire des redevances, locations et fermages, on trouvera que la part du propriétaire dans la production ne dépasse guère le vingtième du produit. Ainsi, que l’impôt soit acquitté par la main des propriétaires ou par celle des emprunteurs et fermiers, quelle que soit, en un mot, la personne qui verse les espèces, peu importe : les travailleurs non-propriétaires supportent à eux seuls les dix-neuf vingtièmes des contributions. — Ils devraient, d’après la loi, nommer 19 députés sur 20.

La démonstration que je viens d’esquisser repose sur deux séries consécutives : 1o réduction de toutes les variétés d’impôt à une espèce, l’impôt sur la production ; 2o évaluation du produit de chaque contribuable d’après son salaire ou revenu, et détermination de la capacité électorale d’après le produit. Ici nous avons opéré seulement sur deux classes de citoyens ; le difficile serait d’appliquer l’opération aux individus. C’est alors que se présenteraient en foule les questions les plus épineuses : la répartition des salaires ; la solidarité du travail, l’appréciation du