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tives ; ou bien associe en figures ingénieuses et brillantes des types essentiellement disparates.

Selon la matière et le rapport des unités, la série prend des formes et conséquemment des propriétés diverses, desquelles résulte l’infinie variété de l’univers ; selon la simplicité ou la multiplicité du point de vue, la série forme des agrégats univoques, ou des organismes composés et de vastes systèmes.

Toutes les formes de la création, toutes les combinaisons de la pensée, toutes les inventions de l’industrie viennent donc se résoudre en une formule générale, qui est comme la métaphysique de la nature.

302. Soit que l’on réfute, soit que l’on démontre, l’art du raisonnement consiste à reconnaître si la proposition, prise dans son ensemble, ou comparée à telle autre proposition exprimée ou sous-entendue, forme une série régulière ; si cette série est propre à l’objet en question ou empruntée d’ailleurs ; si le rapport est fidèlement observé entre les parties ou unités sérielles ; si le point de vue ne varie pas. Lorsque ces diverses conditions ont été remplies, la série est exacte, et la proposition est démontrée.

Ainsi raisonner, c’est classer : opération qui comprend deux parties distinctes : 1o l’analyse des termes ; 2o le dégagement de leur rapport. Comme le naturaliste dit : Le bœuf rumine, la chèvre rumine, le mouton, le cerf, le chameau ruminent ; donc ces animaux forment un groupe ou série que j’appelle série des ruminants ; de même le métaphysicien, comparant entre elles des idées dont l’objet est divers, les groupe en genres et en espèces, selon l’identité des rapports et du point de vue.

303. Tout ce qui peut être pensé par l’esprit ou perçu par les sens est nécessairement série.

Les anciens reconnaissaient quatre éléments, l’eau, l’air, la terre et le feu, auxquels ils rapportaient tous les corps organisés et inorganisés. De ces quatre éléments, aucun n’est admis comme tel dans la chimie moderne ; bien plus, lorsqu’à ces éléments décomposés par elle elle a prétendu en substituer de plus simples, en fort grand nombre, et sur cette base nouvelle élever l’édifice d’un système, il s’est trouvé des hommes qui ont révoqué en doute la simplicité des nouveaux éléments et ont expliqué les phénomènes chimiques par toutes sortes d’hypothèses (188).

Les philosophes, qui ramènent toutes les choses visibles et invisibles à trois principes ; les théologiens, qui ont divinisé ces principes ; les logiciens, qui réduisent à dix ou douze les formes élémentaires de la pensée, ressemblent aux anciens et modernes