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en de perpétuelles erreurs : le mécanisme qui multiplie autour de nous les circonvolutions du labyrinthe est en même temps le fil conducteur et la clef qui nous aide à en dévoiler les détours. Et comme, pour écrire et calculer les plus effroyables nombres, il nous a suffi d’une simple combinaison de signes, de même, pour nous reconnaître dans cet océan de figures et de types, il nous suffit d’une loi souveraine, la Série.

300. Cette loi suprême gouverne la nature, donne la forme à nos pensées, redresse nos jugements et constitue la science : elle peut être définie : l’intuition synthétique dans la diversité, la totalisation dans la division.

La loi sérielle exclut toute idée de substance et de cause, bien qu’elle en reconnaisse la réalité objective : elle indique un rapport d’égalité, de progression ou de similitude ; non d’influence ou de continuité.

De quelque côté que l’on considère la nature, elle présente une sériation ; de sorte que les choses offrant à nos yeux autant de séries différentes que de points de vue, nous sommes forcés pour nous reconnaître d’en adopter un, sans toutefois donner l’exclusion aux autres, que nous devons au contraire étudier comparativement.

Chaque objet étant sérié selon un mode spécial, chaque science est un mode particulier de sériation, une variante de la loi sérielle.

Cette loi a été entrevue dès le commencement du monde. L’Éternel, nous dit la Genèse, créa les animaux et les plantes chacun selon son genre et son espèce. Mais, toujours occultée en partie, soit par le mysticisme de la foi, soit par les sophismes de la raison, la loi sérielle est aujourd’hui à la veille d’une émersion totale. Toutes les puissances de l’esprit humain convergent dans cette direction.

301. De ces considérations générales passant à l’analyse, nous avons vu que la série se décompose en trois éléments : le point de vue ; la matière ou l’unité, qui n’est bien souvent elle-même que le point de vue ; enfin la raison, ou le rapport des unités.

Le point de vue peut être réel ou fictif : dans le premier cas, la série est naturelle, inhérente à l’objet ; dans le second, elle est une création de notre entendement, qui, tantôt en vue d’une plus pleine jouissance, remanie et transpose les séries d’un objet à l’autre, tantôt pour les besoins du discours, pour les agréments de la poésie et de l’art, crée des genres de convention, des groupes intelligibles, sur lesquels il opère comme sur des séries objec-