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Kant établit quatre classes, égales entre elles, de catégories : Quantité, Qualité, Relation, Modalité, renfermant chacune trois catégories subalternes.

Dans la classe de Relation, il comprend les idées générales de Substance et de Cause : c’est renverser l’ordre généalogique des concepts. L’esprit pense d’abord la chose, puis la quantité et la qualité de cette chose. Les concepts de Substance et Cause, parallèles entre eux, c’est-à-dire primitifs et congénères, mais logiquement successifs, doivent ouvrir le tableau des catégories, et marcher avant leurs prédicats de quantité et qualité, subdivisés à leur tour en thèse, antithèse et synthèse.

Chose singulière, la méprise de Kant vint d’une illusion optique : ce profond analyste ayant accouplé les mots substance-attribut, cause-effet, action-réaction, remarqua qu’ils étaient corrélatifs l’un à l’autre, et les rangea en conséquence sous la rubrique Relation, faisant ainsi d’une fiction logique un concept transcendental de la raison. Il oubliait que l’attribut et le phénomène ne sont que la substance et la cause perçues par nous, c’est-à-dire manifestées dans la Série, et que, s’il convient de faire de celle-ci une catégorie à part, elle ne doit point être dissimulée sous celles de Substance-attribut, Cause-effet, parce que ces prétendus rapports n’existent pas.

Quant au concept de Modalité, isolé, pour ainsi dire, dans le tableau de Kant, il est à la série ce que la quantité et la qualité sont à la substance et à la cause, et conséquemment il rentre dans la sphère de l’objectif. En effet, les catégories de modalité sont relatives à la forme des jugements : or, qu’est-ce que raisonner ? c’est sérier ; qu’est-ce que juger ? c’est reconnaître la série. Donc la forme des jugements est identique à la forme des séries ; par conséquent le jugement tire ses lois non de lui-même, mais des choses (§ vii). Ainsi les catégories de modalité sont, comme les autres, données empiriquement, et, sous ce rapport, le tableau de Kant est plus régulier qu’il ne le croyait lui-même.

295. Mais pourquoi quatre classes de catégories ? Kant lui-même l’ignorait : frappé de la régularité tout artificielle de son système, et ne soupçonnant pas les changements à vue de la loi sérielle, il attribuait à l’ordonnance de ces catégories un caractère de nécessité qui ne s’y trouve pas, et prenait cette ordonnance même pour une démonstration. Il s’agit donc de rendre raison de la distribution quaternaire des catégories.

Kant, ainsi que je l’ai précédemment fait observer (281, note), reconnaissait deux concepts transcendentaux de l’entendement, l’espace et le temps ; plus, quatre classes de concepts de la raison