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de phénomènes très-variés, très-compliqués, et formant par leur ensemble une figure, un système.

278. La série systématique ou composée peut résulter encore de la multiplicité du point de vue et de la raison. La botanique va nous en offrir un exemple.

Linnée avait classé les plantes d’après le nombre et l’insertion des organes génitaux : c’était, comme il a été dit précédemment (186), faire dépendre tout le règne végétal d’un seul point de vue. On a donné à cette classification le nom de système : à tort, ce me semble. La distribution de Linnée est une série simple, semblable à celle qui consiste à classer les serpents d’après le nombre de leurs plaques, et les araignées d’après la position de leurs huit yeux. Mais lorsque Bernard de Jussieu, complétant le travail d’Adanson, eut fait concourir à la classification des végétaux toutes les parties de la plante, non pas également, mais en raison de leur importance physiologique, alors on eut vraiment un système ; la botanique ne fut plus réduite à une pensée monoïque, si j’ose me servir de cette expression empruntée à la science elle-même ; elle fut, comme les êtres qu’elle décrit, organisée.

279. Le plus magnifique exemple de série systématique engendrée par la multiplicité du point de vue, est celui que nous offre le développement de l’esprit humain.

L’homme ne sait rien que par l’expérience : les sens sont le véhicule de toutes ses idées. C’est le spectacle de la nature qui, d’abord, donne à notre entendement sa forme et ses lois (§ vii), et qui plus tard imprime à nos opinions et à nos préjugés le caractère qui les distingue : religions, philosophies, méthodes savantes, nous sont données par l’observation externe. Cela se démontre par l’analyse successive des idées, et par leur réduction générale à une intuition primaire, saisie par la pensée comme type.

Or, cette classification des idées, considérées seulement du point de vue de l’objectivité de leur origine, ne donne lieu qu’à une série simple : mais si, reprenant les différents termes de cette série, nous les étudions dans leur essence propre, c’est-à-dire dans l’intuition spéciale qui a donné naissance à chacun d’eux, il résultera de leur comparaison une série nouvelle, qui sera comme le tableau généalogique et progressif des opinions humaines. C’est là le système que poursuivirent avec tant d’ardeur les Dupuis, les Volney, les Tennemann, et autres historiens des opinions religieuses et philosophiques, système que nous possédons aujourd’hui dans ses plus larges divisions (70, 71, 142), mais qui, pour les détails, est encore loin d’être achevé.

280. L’ordre historique n’est pas le seul auquel puissent être