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à peu près comme en arithmétique la multiplication est un abrégé de l’addition.

274. b) Quels sont maintenant les attributs de Dieu, d’après les philosophes et les théologiens ? L’unité, l’éternité, la toute-science, la toute-puissance, la justice, la bonté, l’infinité, et même l’immatérialité. Dieu est un en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit…, etc. Quelle règle a-t-on suivie pour la détermination de ces attributs ? Cette règle, la voici sans précaution oratoire : L’homme est fait à l’image de Dieu ; donc les attributs de Dieu, moins le péché, sont les attributs de l’humanité élevés au maximum. L’homme est un dans son essence, mais triple dans ses manifestations, matière, vie, pensée, sensation-sentiment-connaissance ; il veut, il aime, il juge, il prévoit ; mais il est sujet à la mort, à l’erreur, au vice ; tandis que les mêmes facultés en Dieu ne peuvent être déviées, et ne connaissent pas de limites. Et comme Dieu, par sa toute-puissance, est le créateur de toutes les choses contingentes, au nombre desquelles sont les corps, Dieu n’a point de corps, sans quoi il serait limité, et se serait créé lui-même, ce qui implique contradiction.

Dans cette hypothèse de la Divinité faite homme, où l’induction, le syllogisme et le principe de contradiction jouent un rôle si étrange, je vois bien une copie, un plagiat ; mais je ne découvre ni invention, ni idée, ni système. Qu’est-ce que Dieu par rapport au monde ? qu’est-ce que cette providence sans règle qu’on lui attribue ? qu’entend-on par la nature immatérielle de Dieu ? quelle idée se faire de cette toute-puissance, de cette sagesse arbitraire ? Et cette trinité prétendue, qu’est-ce autre chose qu’une généralisation cosmologique, ou un vain anthropomorphisme ? Comment tous ces attributs s’engendrent-ils l’un dans l’autre ? Comment, en ce qui nous concerne, la prescience s’accorde-t-elle avec la bonté ?… Je n’insiste pas ; car je ne veux railler personne.

275. Le procédé par lequel s’opère, dans la série systématiques ou composée, la transformation des formules, a quelque ressemblance avec l’induction ou syllogisme retourné, mais n’est point l’induction.

La lune est un corps opaque, tournant autour de la terre et sur lui-même, comme la terre, dont il est le satellite, tourne sur elle-même et autour du soleil ; donc il y a des hommes dans la lune : voilà une induction par analogie. — L’homme n’a pu recevoir du Créateur que ce que le Créateur possédait en lui-même ; donc l’homme est fait à l’image de Dieu : voilà une induction par causalité.

Or, ces deux raisonnements sont vicieux, en ce que la conclu-