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pliquent également à toutes ces choses. Or, c’est la différence de matière et de forme dans les objets qui, tous les jours, nous fait regarder comme des analogies indignes de confiance des séries d’une rigoureuse justesse, et rejeter les propositions les mieux démontrées. L’esprit s’habitue avec peine à concevoir comme adéquates sous un point de vue, des choses entre lesquelles l’imagination et les sens découvrent une prodigieuse distance, et cette grossière illusion de la matière et de la forme entretient le désordre dans la politique et l’administration, la contradiction dans les lois, pervertit les jugements, et rend l’opinion stationnaire sur le courant de la vérité. L’égalité devant la loi a coûté des torrents de sang ; l’équivalence des fonctions, qui doit tôt ou tard engendrer l’égalité des salaires, fait sourire de pitié le monde politique ; et l’idée que la même peine doit atteindre le coupable couronné comme le criminel échappé du bagne semble à tous monstrueuse. Mais le moment approche où la raison publique saisira la vérité de ces théorèmes, démontrables par des équations aussi sûres que celles de l’algèbre.

269. II. Systématisation des séries. La série dialectique se forme donc en vertu d’un rapport d’identité, ou tout au moins d’équivalence, que l’esprit, d’un point de vue donné, découvre entre des choses d’ailleurs disparates et hétérogènes. Démontrer, c’est parcourir successivement les termes d’une série, et constater en eux la présence de ce rapport ; pour parler notre langage, c’est vérifier la raison ; en un mot, c’est sérier. Et de même que l’écriture peint aux yeux la pensée, de même que la position des chiffres représente le rapport des nombres, ainsi le rapport sériel est visiblement exprimé, dans la dialectique, par l’accolade.

Tout jugement suppose équation entre deux ou plusieurs termes. Comme, dans les exemples que nous avons précédemment rapportés, la même formule revient toujours, la série est simple ; il n’y a pas de système. Ainsi l’égalité devant la loi, la liberté, la propriété peuvent être matière d’ouvrages très-longs, très-variés, très-profonds, mais qui, n’offrant ni multiplicité de vues, ni coordination d’idées, bornés à l’analyse et à une perpétuelle assimilation, ne formeront point un tableau, un tout symétrique et varié, quelque chose, pour ainsi dire, d’organisé, de vivant.

La série dialectique, à ce premier degré, a ses analogues dans la numération décimale, dans la mesure des angles, dans les divisions du temps, les précipitations cristallines, etc.

270. Mais lorsque les différents termes de la série résultent de la transformation successive de chacun d’eux ; ou, ce qui revient au même, lorsqu’ils sont fournis par les divers points de vue que