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core, parce que l’hypothèse sur laquelle il est établi est en dehors de la pratique. En effet, ce n’est pas par têtes que les revenus de la France se consomment, c’est par familles. Or, supposez chaque famille composée en moyenne de quatre personnes : à 63 cent, par jour pour chaque individu, cela fait pour la famille 2 fr. 52 c. Mais, pour nombre de ménages, surtout à la campagne, 2 fr. 52 c. par jour sont déjà de l’aisance ; tandis que si la consommation avait lieu par tête, en supposant même quadruple produit, 2 fr. 52 c. seraient peu de chose. En quoi donc consiste le vice du raisonnement de M. Chevalier ? En ce que fractionnant la nation par individualités, il anéantit la force sérielle qui résulte du groupement par familles, et qui est le plus puissant antidote à la misère.

268. Remarques. — 1. Dans la série dialectique, les unités, très-diverses quant à la matière ou à l’objet qu’elles représentent, sont en rapport d’identité quant à leur point de vue ; ce qui fait de cette série, tout abstraite qu’elle soit, la plus simple de toutes, et du calcul de ses unités, la plus facile des combinaisons sérielles.

2. Le nombre des unités de cette série est presque toujours illimité : mais cette circonstance n’ôte rien à la certitude du raisonnement. En effet, ou les termes inconnus de la série ont leur raison identique à celle des termes connus, et alors les uns et les autres ne font ensemble qu’une même série ; ou bien les termes inconnus diffèrent des autres dans leur raison, et alors ils forment une série nouvelle, ce qui ne change rien à la première. Ainsi la preuve obtenue par une série dialectique est absolue dans sa spécialité ; tous les cas imaginables ne sauraient ni l’infirmer ni créer d’exception.

3. L’ordre dans lequel les unités dialectiques se succèdent est indifférent à la série : en effet, puisque ces unités sont identiques, leur transposition ne saurait altérer la forme du groupe, ce qui n’aurait plus lieu, si elles étaient en raison équivalente, puissancielle ou progressive (225, 269 et suiv.).

On voit, d’après cela, qu’on ne saurait, sans contradiction, supposer entre les termes d’une série dialectique aucun lien d’antériorité ou de postériorité, aucune relation de plus à moins, de cause à effet, etc. ; on voit, en un mot, pourquoi le syllogisme est absurde.

4. La série dialectique rassemble les objets les plus disparates : ainsi, la matière de la propriété embrassant les trois règnes de la nature, les produits de l’art, de la science et de l’industrie, les raisonnements que l’on peut faire sur le droit de propriété s’ap-