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Or, nous sommes tout aussi peu raisonnables, comme on va le voir par la série suivante, qui n’est que la première retournée :


Argent pour loyer d’argent,
Argent pour loyer de meuble,
Argent pour loyer de maison,
Argent pour loyer de pré,
Argent pour loyer de champ,
Argent pour loyer de quoi que ce soit,
} Usure.


Voilà ce que, depuis saint Ambroise, qui avait fait, comme l’on voit, la moitié du chemin, l’Église catholique n’a pu comprendre. J’ai consacré six cents pages à démontrer cette série sous toutes ses faces ; mais, bien que je n’eusse pas conclu au partage des biens, j’ai converti peu de monde. Cela m’a fait voir que si la vérité réjouit les esprits sains, elle est insupportable aux malades.

267. Puisque j’ai touché cette question de la propriété, on me permettra d’examiner ici, au flambeau de la dialectique sérielle, un argument de M. Chevalier contre le système de l’égalité des salaires. On verra par cette critique qu’il n’est, hors de la série, point de certitude, point de salut.

D’après les calculs les plus authentiques, a dit M. Chevalier dans l’un de ses discours d’ouverture, si les revenus de la France entière étaient partagés également entre tous ses habitants, la somme de revenu par tête n’excéderait pas 63 centimes, environ, par jour. L’égalité de répartition, ajoutait le savant professeur, loin de guérir le paupérisme, aurait donc pour résultat unique d’appauvrir tout le monde.

Cet argument, dirigé contre les utopistes égalitaires, a produit une certaine sensation, comme toutes les choses effrayantes ; et les journalistes l’ont répété à l’envi : cependant, de quelque façon qu’on le tourne, il est impossible d’y voir autre chose qu’un oubli de la justice et des principes.

En droit, l’assertion de M. Chevalier ne prouve rien : car, si tout le monde est pauvre avec douze sous par jour, est-ce une raison pour m’en ôter six par charité, et les donner à mon voisin, qui profitera d’autant ? — Oui, dit-on, parce que sans cela tout le monde serait pauvre. — C’est possible : mais en concluant, d’après, cette donnée, au statu quo des fortunes, on abandonne le point de vue de la discussion, qui est précisément de savoir si l’égalité est de droit, pour se jeter dans un autre ordre d’idées, dans la statistique.

En fait, le calcul rapporté par M. Chevalier ne prouve rien en-