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Liberté des personnes,
Liberté du travail,
Liberté de conscience,
Liberté d’examen,
Liberté du vote.
} Liberté !


série immortelle, faut-il sans cesse la rappeler au monde ?

La liberté des personnes a déterminé la chute du régime féodal ; la liberté du travail a conduit à l’abolition des maîtrises ; la liberté de conscience a préparé la ruine du catholicisme ; la liberté d’examen a éclairé les antres de la politique, et percé à jour le manteau du despotisme : quand la liberté des votes entraînerait la réforme du gouvernement constitutionnel, serait-ce à M. Guizot d’entraver cette liberté ?

264. Remarquons, avant d’aller plus loin, que les termes qui composent la série dialectique sont presque toujours, en eux-mêmes, des séries logiques, c’est-à-dire des signes représentatifs de faits multiples ou de principes inconnus, et que l’expression qui les résume est encore une série logique. Qu’est-ce, par exemple, que l’empoisonnement ? en combien de manières peut-il avoir lieu ? comment des aliments malsains, mal préparés, insuffisants, agissent-ils sur les viscères de manière à déterminer insensiblement une altération mortelle ? quelles sont les qualités d’une bonne nourriture ?… Et qu’est-ce que la liberté ? Toutes questions que la série logique ne préjuge pas, et dont elle se borne à exprimer le sujet inconnu, mais manifeste par des phénomènes appréciables.

Or, de même que l’introduction du mot couleur dans un livre d’optique ne peut être la source d’aucune erreur, bien qu’il n’exprime absolument rien de réel, qu’il n’explique pas la nature de la lumière, et ne soit que le signe abréviateur des apparences du rayon lumineux ; de même, les mots liberté des personnes, liberté de conscience, liberté du travail, représentant uniquement des séries de faits, et ne préjugeant rien sur leur principe commun, ne peuvent devenir une source d’erreur dans le raisonnement sérié.

265. Il n’en est pas de même avec la méthode syllogistique. Ici le philosophe, conduit par le principe de causalité, au lieu de constater les rapports d’identité ou de non-identité de faits sensibles, matériels, prétend en expliquer la cause première et déterminante, et finit par se perdre dans les nuages de l’ontologie. Par exemple, au lieu de démontrer par une analyse comparative que la liberté du travail est identique à la liberté des personnes ; la