Page:Proudhon - De la création de l’ordre dans l’humanité.djvu/15

Cette page a été validée par deux contributeurs.



DE LA


CRÉATION DE L’ORDRE


DANS L’HUMANITÉ


OU


PRINCIPES D’ORGANISATION POLITIQUE

DÉFINITIONS


1. J’appelle Ordre toute disposition sériée ou symétrique.

L’ordre suppose nécessairement division, distinction, différence. Toute chose indivise, indistincte, non différenciée, ne peut être conçue comme ordonnée : ces notions s’excluent réciproquement [1].

2. Les idées d’intelligence et de cause finale sont étrangères à la conception de l’ordre. En effet, l’ordre peut nous apparaître comme résultat non prévu de propriétés inhérentes aux diverses parties d’un tout : l’intelligence ne peut, dans ce cas, être assignée comme principe d’ordre. — D’autre part, il peut exister dans le désordre une tendance ou fin secrète : la finalité ne saurait davantage être prise comme caractère essentiel de l’ordre.

D’après cela, la considération de l’univers, au point de vue où l’ont saisi Bossuet, Fénelon, Cicéron, n’est point un argument de l’existence de Dieu ; pas plus que le désordre social, tel qu’il nous est présenté par l’histoire, ne prouve contre la Providence.

3. L’ordre est la condition suprême de toute persistance, de tout développement, de toute perfection.

4. L’ordre, dans ses manifestations diverses, étant série, symétrie, rapport, est soumis à des conditions dans lesquelles il peut

  1. D’après les éclectiques, l’ordre est l’unité dans la multiplicité. Cette définition est juste : toutefois il me semble qu’on pourrait la critiquer en ce qu’elle traduit la chose, mais ne la définit pas. Qu’est-ce qui produit l’unité dans la multiplicité ? La série, la symétrie.