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quée, et que le 3e ne les synthétisait pas. Ces critiques n’ont rien qui nous surprenne : Hégel, anticipant sur les faits au lieu de les attendre, forçait ses formules, et oubliait que ce qui peut être une loi d’ensemble ne suffit plus pour rendre raison des détails. Hégel, en un mot, s’était emprisonné dans une série particulière, et prétendait par elle expliquer la nature, aussi variée dans ses séries que dans ses éléments.

212. Il y a quelques années, un savant français, plus connu des mathématiciens que des philosophes, l’illustre Ampère, publia un volume sur la classification des sciences, et, comme Hégel, guidé par la loi sérielle, s’éleva à une conception de génie, sur laquelle un Allemand n’eût pas manqué de bâtir aussitôt un système. Alors aussi les philosophes l’eussent jugé digne de leur attention et de leurs plagiats. M. Ampère se renferma modestement dans l’exposé succinct de son hypothèse : son livre est à peine connu, et n’a fait aucune sensation.

Préoccupé dès longtemps de l’idée d’appliquer aux sciences une méthode naturelle de classification analogue à celle que Bernard de Jussieu créa pour la botanique, M. Ampère s’attache surtout au progrès de la connaissance en nous, et distribue les sciences selon le degré d’observation que de notre part elles supposent. Il trouve qu’il y a dans l’étude que nous faisons de chaque objet quatre moments distincts et principaux, qu’il nomme points de vue.

Le 1er de ces moments est nommé par lui autoptique, c’est-à-dire de première vue, d’observation externe et générale : exemple, Sciences mathématiques.

Le 2e, criptoristique, perception de ce qui est plus caché dans les objets, et ne s’offre pas d’abord à l’observation, mais exige la recherche de l’esprit : ex., Sciences physiques.

Le 3e, troponomique, relatif aux accroissements, changements, altérations que subissent les objets : ex., Sciences naturelles.

Le 4e, criptologique, ayant pour objet la découverte des causes réelles les plus cachées des phénomènes, leurs lois les plus profondes, la plus haute puissance des principes, etc. Ex., Sciences médicales.

Ces principes posés et définis, M. Ampère divise toute la sphère de la connaissance en deux règnes : 1. Sciences cosmologiques, 2. Sciences noologiques.

Puis il montre que cette division binaire se redoublant, il en résulte, en vertu des seules lois de l’intelligence, et indépendamment de toute préoccupation de la part de l’auteur, un système de classification de quatre en quatre, si naturel et si simple, que le