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métrie ? N’est-il pas vrai que du même coup les sciences dont je parle deviendraient sciences exactes, égales en certitude à toutes les autres ?

196. Un préjugé, favorable à cette conjecture, vient fortifier notre espérance. Admettant que l’homme et la société, de même que les règnes animal et végétal, se développent selon des lois certaines, divines et spéciales, ces lois ne peuvent être connues qu’autant qu’elles auront pris un certain développement : comme l’orbite d’une planète se détermine d’après la description d’un arc, si petit qu’il soit, de cette orbite, et la circonférence de la terre d’après la mesure d’un arc du méridien.

Si cette analogie est vraie, elle nous explique, d’une part, le retard des sciences morales et politiques ; de l’autre, elle nous montre ce que nous avons à faire pour en opérer la constitution. À cet effet, trois choses sont nécessaires :

1o Montrer que la série est la loi formelle et absolue de la nature et de l’intelligence ;

2o Prendre pour objet d’étude l’homme, son histoire, ses pensées, ses opinions, ses mœurs, ses vertus et ses crimes, ses travaux et ses folies ;

3o Reconnaître la série propre de chacune de ses tendances et manifestations.

197. Et comme il est peu présumable que l’homme ait porté si haut le développement des sciences, des arts, de l’industrie, sans une aperception quelconque de la loi sérielle ; comme, dans le mouvement civilisateur, il ne se voit point de révolution subite, de connaissance acquise sans préparation et sans antécédents : cherchons d’abord si, à travers le mouvement philosophique, il n’y aura pas eu effort spontané et tentative constante de classification des idées, de série dialectique.

198. Période religieuse. Je me bornerai à rappeler deux curieux monuments de cette période : le Décalogue et la Semaine.

Le Décalogue se compose d’une suite de préceptes rangés en une série septénaire, laquelle embrasse dans sa circonscription tous les devoirs de morale publique et privée, et forme, quant à l’importance et à la fondamentalité du précepte, une progression régulièrement décroissante : 1. Respect à la religion, sans laquelle point de société, point d’État, point de patrie ; 2. Soumission aux pères et mères et aux supérieurs ; 3. Défense de l’homicide ; 4. — de l’adultère ; 5. — du vol ; 6. — de la calomnie et du mensonge ; 7. — de la cupidité ou intempérance du cœur. En d’autres termes : Respect à la Divinité et aux parents ; respect à la personne du