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cul de séries, on peut déjà prévoir que, dans chaque sphère de connaissances, la certitude est égale et homologue à la certitude mathématique.


§ II. — Observations sur la série.


174. Tels sont les faits qui, dans la nature, nous révèlent la présence d’une loi générale, aussi variée dans ses applications que les essences elles-mêmes, ou, pour mieux dire, donnant lieu, par ses innombrables déterminations de la substance et de la cause, à toutes les essences ; loi que nous pouvons proclamer et inscrire sur le temple de la Vérité : telle est enfin la Loi Sérielle [1].

175. D’autres avant nous avaient essayé déjà de remonter jusqu’à un fait primordial, qui servît à la fois de critérium et de base à toutes les manifestations de la nature et de la société. Saint-Simon, Azaïs, et après eux Fourier, expliquèrent tout par l’attraction (ou l’expansion, qui n’est autre que l’attraction prise à rebours).

Or, l’attraction, de même que la vie, le mouvement, la force, la causalité, la substance, l’esprit, etc., est une de ces généralisations conventionnelles qui nous servent à désigner le principe ou substratum des phénomènes, c’est-à-dire précisément ce qu’il y a en eux de plus impénétrable : une inconnue, appréciable seulement par la succession et la loi de ses apparences. L’attraction, si elle est quelque chose d’universel, n’est au plus que la force universelle : elle n’est point une loi ; elle est si peu une loi, qu’elle est elle-même mesurée par la série.

Ainsi, quand on admettrait que l’attraction est la cause universelle, ou que la cause universelle se manifeste par l’attraction, on ne serait pas plus avancé que si l’on soutenait que la matière est la substance universelle, ou que la substance universelle se manifeste dans la matière. La substance et la cause, l’attraction et la matière ne nous sont accessibles que par leurs phénomènes : conséquemment, ce qui nous importe le plus à connaître, est la loi qui régit ces phénomènes.

  1. Nommée par Fourier sériaire, contrairement à l’étymologie et l’analogie. La terminaison aire désigne en général une qualité ou fonction dans les personnes : donataire, commanditaire, locataire, propriétaire, prolétaire, adversaire, commissaire, fonctionnaire, légataire, actionnaire, feudataire, contraire, etc. — Sériel, comme constitutionnel, fonctionnel, différentiel, tendantiel, providentiel, matériel, idéel, réel, formel, etc. Sans être profond linguiste, il suffit de comparer ces deux séries pour se convaincre de l’irrégularité de la dénomination adoptée par Fourier.