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tradictoire. La cohésion des corps et la succession des phénomènes nous donnent l’idée de continuité : mais, en fait, cette continuité n’existe nulle part.

Lors donc que Leibnitz a dit que la nature ne fait rien brusquement, ne procède point par sauts, mais agit d’une manière suivie et progressive, et qu’il a appelé cette loi loi de continuité, il faut entendre qu’il a voulu parler d’un progrès sérié, d’une série aussi serrée, aussi fréquente que l’on voudra, mais non d’un progrès continu. Les idées de continuité et de progression semblent même s’exclure : qui dit progrès dit nécessairement succession, transport, croissance, passage, addition, multiplication, différence, série enfin ; en sorte que l’expression mouvement continu n’est pas autre chose qu’une métaphore. Le mouvement est la série de la force, comme le temps est la série de l’éternité.

172. La nature, en combinant les éléments et composant les atomes, commence par les séries les plus simples, et s’élève par degrés aux plus complexes : mais, si petits et si serrés que soient ces degrés, un abîme les sépare ; il n’y a pas continuité.

La ligne que décrit un corps tombant vers la terre est peut-être l’image la plus parfaite de la continuité : il n’y a pourtant de continu dans ce phénomène que la force d’attraction qui entraîne le corps ; quant au mouvement, il a lieu dans une progression numérique telle, que nous ne le concevons que comme une échelle descendante, dans laquelle les degrés s’allongent de plus en plus, dans une proportion donnée. Voilà pour le mouvement accéléré : quant au mouvement uniforme, il est aussi introuvable dans la nature, que le mouvement perpétuel l’est en mécanique.

L’état moléculaire des corps est une autre preuve de la non-continuité : l’or, le plus dense des métaux, a plus de vide que de plein. Bien plus, ses molécules ne se touchent pas ; elles sont seulement en rapport par leurs atmosphères ou pôles magnétiques, et forment entre elles des groupes et des systèmes, miniatures microscopiques des systèmes sidéraux.

Tirez par une de ses extrémités une barre de fer d’un mètre de longueur, la barre vient à vous par un mouvement simultané : la traction paraît donc s’exercer d’une manière continue dans toute la barre. Mais supposez, au lieu d’une barre d’un mètre de long, un fil métallique d’un myriamètre, et vous verrez que la traction se communiquera d’une extrémité à l’autre du fil en un temps déjà appréciable. — C’est, dit-on, la pesanteur du fil jointe à son élasticité qui occasionne ce retard. Mais qu’est-ce que l’élasticité ? La propriété qu’ont les molécules des corps de distendre ou de resserrer momentanément leurs atmosphères sans cesser d’être en