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plus robustes de mailles d’une ténuité et d’une délicatesse extrêmes. Examinez au microscope cette peau, ces os, ces tendons, ces cartilages, ces muscles, ces nerfs, ces vaisseaux, où vous ne voyez rien que de massif et de continu, et vous les trouverez formés de fibres juxtaposées, croisées, obliques ou perpendiculaires les unes aux autres, et dont les intervalles trop rapprochés pour vos yeux grossiers vous dérobent l’ingénieux artifice. Ajoutons que la locomotion s’accomplit chez tous par la division régulière de l’espace. Le phénomène est sensible chez l’homme et les quadrupèdes ; mais voyez l’oiseau planant dans les airs, le poisson immobile contre le courant : les ailes de l’un et les nageoires de l’autre vous semblent immobiles ; mais un frémissement imperceptible les agite et soutient l’animal.

163. Si des animaux nous passons aux plantes, nous retrouvons partout la même loi : division et groupe, ou série. Voyez ces tiges articulées, ces feuilles alternées, opposées, dentelées, découpées, bosselées, etc. ; ces fleurs si admirablement symétrisées ; ces gousses, ces gaînes, ces sacs à compartiments ; cette distribution d’organes génitaux si étonnamment variée qu’elle a suffi pour classer tout le règne. Mais il faudrait recommencer le tableau de l’univers, et j’aime mieux laisser ce travail aux naturalistes. Disons seulement que la gloire des grands hommes a toujours consisté à découvrir la loi des divisions, des groupes et des séries ; et que les Cuvier, les Bichat, les Linnée, les de Jussieu, n’ont obtenu l’immortalité que pour nous avoir appris ces jeux de la nature.

164. Spectateur de la création, obéissant à son impérieuse voix, l’homme est son imitateur en tout ce que produisent ses mains et sa pensée.

Il contemple le ciel étoilé, et, appliquant à la succession de ses idées la série des mouvements sidéraux, il fait la chronologie de ses jours, et trace les divisions de son histoire.

Il calcule les dimensions du domaine qu’il habite et que sa mission est d’exploiter : et il en déduit, pour la commodité de ses relations sociales un système de mesures et de monnaies, multiples et sous-multiples, groupes et sous-groupes les unes des autres.

Tous ses ouvrages sont empreints de divisions et de séries : du poil des animaux et de la fibre des plantes il se fait des tissus moelleux, légers et puissants, qui remplacent pour lui la dépouille