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l’autorité, de la majesté, de l’inviolabilité. Le juge est inviolable et presque sacré sur son tribunal ; le garde champêtre et le gendarme sont crus dans leurs rapports jusqu’à inscription de faux ; et les attentats à la personne des fonctionnaires, à raison de leurs fonctions, sont punis autrement que les attentats à la personne des citoyens.

Tout cela, personnel et matériel, ne fait en réalité, et en dépit de notre métaphysique constitutionnelle, qu’un corps, une âme, une intelligence, une volonté. Dans ce grand corps, trop près de nous pour que nous en puissions saisir l’ensemble et en suivre les mouvements, fermentent des passions intenses ; de redoutables colères éclatent ; l’injure est vivement sentie, la contradiction jugée insupportable. La moindre attaque, s’adressant soit aux personnes, soit au système, paraît crime d’État. Je vous laisse à penser ce que pèse, à l’occasion, dans la main de ce Briarée, un petit personnage, titré de citoyen, aux intentions plus ou moins suspectes, souvent sans expérience et sans génie, qui, abondant en son propre et privé sens, s’ingère d’appliquer à la raison supérieure de l’État, sans doute faillible, mais dont il ne lui sera jamais donné de sonder la profondeur, le contrôle de son opinion !… Tout Pouvoir, vous dis-je, comme le chef de famille au milieu de ses enfants, supporte impatiemment la critique, même bienveillante : que sera-ce si elle se montre injurieuse ? Que sera-ce surtout si l’on a d’avance la certitude que les attaques n’ont d’autre but que de déposséder le haut personnel et de faire passer cette riche proie de l’État, cette distribution de faveurs et d’emplois, ce maniement du budget, cette volupté immense de commander à une