Page:Pouchkine - Boris Godounov, trad Baranoff, 1927.djvu/80

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHOUÏSKY

Je ne crains pas les supplices, mais ta colère m’effraye ; oserais-je me jouer de toi, mon souverain ? Comment aurait-on pu me tromper à ce point ? J’ai reconnu Dimitri durant trois longues journées où j’ai vu le corps de l’enfant exposé ; tous les habitants d’Ouglitch ont pu le voir aussi ; autour de lui étaient encore étendus les treize cadavres des victimes que le peuple en fureur avait massacrées. Déjà ils se décomposaient, et seul le corps du tsarewitch restait intact. Le front était radieux et calme, comme s’il eût dormi profondément. Sa plaie profonde n’était point fermée, ses traits n’étaient pas changés. Tsar, le doute n’est pas permis : le tsarewitch Dimitri dort pour l’éternité dans sa petite tombe.


BORIS

Il suffit ; va-t’en.

(Chouïsky sort.)

Quelle angoisse ! Que je reprenne haleine ! Je sentais le sang monter à mon visage et redescendre lourdement ensuite. Voici donc pourquoi, depuis treize années, je vois en rêve l’enfant assassiné ! Oui, oui, je comprends maintenant. Mais qui est-il, mon