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voix tranquille, il nous tint ce discours, à l’égumène ainsi qu’à tous les frères : « Mes Pères, il arrivera enfin le jour par moi tant souhaité où je viendrai ici chercher la paix de l’âme ; toi Nicodime, toi Serge, ainsi que toi Cyrille, soyez tous trois témoins du vœu que je forme : j’entrerai dans ce monastère, moi, criminel maudit, et j’y prendrai le pur habit de moine, puis à tes pieds je me prosternerai, père saint. »

Telles furent les paroles du souverain puissant ; il parlait doucement, et nos larmes coulaient ; et nous priions Dieu d’envoyer la paix et son amour divin à l’âme tourmentée. Et Féodor, son fils ? Durant son règne calme, il ne rêva qu’à devenir ascète ; son somptueux palais, il le changea en cloître ; les lourdes charges du pouvoir ne l’y troublèrent point. Sa grande humilité fut agréée du Ciel qui protégea son règne paisible et glorieux ; et, lors de son trépas, survint un grand miracle : à son chevet, un être éblouissant, radieux, visible à lui seul, s’approcha de sa couche ; le tsar lui parla, le nommant patriarche ; les assistants furent saisis de peur — car le saint Patriarche était alors absent — devant cette apparition céleste. Et lorsqu’il eut rendu son âme pure, un délicieux arôme se répandit.