Page:Potvin - Le membre, 1916.djvu/58

Cette page a été validée par deux contributeurs.
59
LE « MEMBRE »

me, ont à peine surnagé dans le fleuve, dans la mer et dans l’océan des protestations des adversaires de ce gouvernement juste, équitable, sage, bon, sincère et vaillant. Au reste, l’honneur est une chose dont on se paie souvent la tête et, telle sur la fleur qui sait rendre gai et souriant le triste et macabre jardin, la poussière vient s’étendre régulièrement au moment inéluctablement choisi de nos belles idées… »

Donat Mansot parla ainsi trois heures.

Il s’en souvint, plusieurs de ses collègues, à la fin, médusés d’admiration, semblaient dormir. Ce qui lui fit penser qu’il était peut-être temps pour lui de faire de même.

Comme il se levait, il se rappela encore que, à la suite de ce mémorable discours, un de ses adversaires avait présenté une résolution pour limiter la durée des discours des députés. Cet ingénieux adversaire proposait de munir le pupitre de chacun de ses collègues d’un petit entonnoir auquel serait attaché un long tuyau ; tous ces tuyaux aboutiraient sous la tribune de l’orateur. À côté de lui, chaque député aurait une corbeille dans laquelle se trouveraient des petites balles de plomb. Un orateur abuserait-il de la parole ? les députés que cela fatiguerait feraient glisser les petites balles de plomb dans les entonnoirs. Lorsqu’ils en auraient ainsi accumulé une quantité suffisante sous la tribune, leur poids déclencherait un lent mouvement de bascule et l’orateur disparaîtrait doucement sous le parquet… de la Chambre. Au reste, ajoutait le député, auteur de la résolution, ce système