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Page:Pontmartin - Nouveaux Samedis, 17e série, 1879.djvu/342

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NOUVEAUX SAMEDIS

deux tempes : le chevalier de Saint-Rémy, déjà nommé, type du geritilhomme voltairien qui se convertira tôt ou tard, bourru, grincheux, quinteux, sarcastique, toujours prêt à allonger d’un couplet sa sempiternelle chanson, immobilisé à Villard, que ses chansons scandalisent, que ses grogneries amusent, qu’il envoie chaque matin à tous les diables, et dont il ne peut plus se passer. Et les inférieurs î l’abbé Baret, le notaire Girod ! comme ils s’harmonisent avec cet ensemble ! N’oublions pas le fidèle Comte, ce serviteur comme il n’y en a plus, ce vieillard qui s’élève jusqu’au pathétique : si étroitement lié à la famille que la domesticité s’efface dans le dévouement et que, lorsque arrivent les dates funèbres, on ne distingue plus ses larmes de celles du père, de l’époux, du frère et de la mère !

Et ne croyez pas que les habitants du Villard vivent comme des ours, sous prétexte qu’ils en ont pour voisins ! La marquise et son père servent de trait d’union entre la France et la Savoie ; Grenoble marque l’itinéraire entre Paris et Chambéry. Les causeries du soir effleurent de leurs ailes d’abeille tout ce qui se dit et tout ce qui s’écrit, les salons célèbres et les bosquets de Versailles, la littérature et la philosophie, le livre nouveau, la tragédie nouvelle, toutes les gràces du bel-esprit sans aucun de ses travers. C’est la civilisation, c’est la société vues à distance. On en a les échos et les reflets ; on n’en est pas étourdi ou ébloui. Hors de portée de leurs dangereuses influences, on goûte impunément ce qu’elles con-