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Page:Pontmartin - Causeries littéraires, 1854.djvu/99

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dont je parle en arriva à transporter dans la poésie les procédés d’un autre art, à nous donner de la peinture et de la sculpture en vers, et à croire que le but suprême était atteint, si, à force de ciseler et d’enluminer la langue poétique, elle parvenait à rivaliser, sous leur plume, avec l’ébauchoir et le ciseau. Ceux-là du moins, par un reste d’égards pour le groupe primitif d’où ils étaient sortis, évitaient d’ériger en système leurs secrètes préférences ; ils promenaient indifféremment leurs admirations éclectiques de la Bible à Homère, d’Homère au Dante, d’Eschyle à Shakspeare, du Parthénon à nos sombres cathédrales, du ciel d’Athènes au ciel scandinave, des marbres de Paros aux vierges de Raphaël. Eh bien ! voici un poëte, un poëte d’un grand talent, qui, s’emparant en maître de cette renaissance néo-païenne dont les indices se multiplient, depuis dix ans, dans la société et la littérature, nous dit crûment et dans une prose fort inférieure à ses vers : « Depuis Homère, Eschyle et Sophocle, qui représentent la poésie dans sa vitalité, dans sa plénitude et son unité harmonique, la décadence et la barbarie ont envahi l’esprit humain. En fait d’art original, le monde romain est au niveau des Daces et des Sarmates ; le cycle chrétien tout entier est barbare. Dante, Shakspeare et Milton n’ont prouvé que la force et la hauteur de leur génie individuel : leur langue et leurs conceptions sont barbares. La sculpture s’est arrêtée à Phidias et à Lysippe. Michel-Ange n’a rien fécondé ; son œuvre, admirable en elle-même, a ouvert une voie désastreuse, etc., etc. » Quant au dix-septième siècle, M. Leconte de Lisle ne lui fait pas même l’honneur d’en dire un mot ; et, quant à la poésie moderne, voici ce qu’il ajoute : « Reflet confus de la personnalité fougueuse de lord Byron, de la religiosité factice et sensuelle de Chateaubriand, de la rêverie mystique d’outre-