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traduise le sentiment public, religieux, guerrier, national, légendaire ; qu’elle soit le poëme des civilisations au berceau, des nationalités naissantes, des théogonies encore baignées dans les brumes de leur radieuse aurore, des grandes voix de la conscience humaine traversant le temps et l’espace, — ou bien, aux époques inférieures, lorsque l’esprit poétique se retire des masses et de la vie publique, pour s’isoler, par débris, dans quelques cerveaux privilégiés, il faut au moins que nous reconnaissions chez le poëte quelque chose de nous-mêmes, et que cette poésie individuelle devienne à son tour collective, grâce à ces mystérieux courants qui s’établissent dans un même moment entre les imaginations de même trempe. C’est ce qui a eu lieu lorsque ont paru les Méditations, et, plus tard, lorsque M. de Musset, dans Rolla et dans ses Nuits, a encore effleuré de plus près certaines souffrances particulières à notre siècle. Mais essayez de repeupler les montagnes mythologiques, de ressusciter dans leurs tombes glacées les divinités païennes, de rebâtir un temple avec ces froids décombres tour à tour dispersés par la philosophie antique et la religion chrétienne ; même, pour rentrer plus avant dans le sanctuaire du polythéisme, pour donner votre restauration helléniste et païenne un caractère plus magistral, renouvelez le procédé dont se sont servis MM. Augustin et Amédée Thierry pour nos rois de race mérovingienne et carlovingienne. Dites, comme M. Leconte de Lisle, l’Hellade au lieu de la Grèce, Ilos au lieu de Troie, Kronos au lieu de Saturne, Zeus au lieu de Jupiter, Eros pour Cupidon, Artémis pour Diane : vains efforts ! vous ne rendrez pas la vie à ce qui est mort ; vous ne rallumerez pas la flamme sacrée là où se refroidissent, depuis trente siècles, des cendres éteintes. Je pourrai parcourir en curieux cette nécropole ; mais rien en moi ne