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Rhin et du réalisme des lakistes, la poésie moderne se trouble et se dissipe. Rien de moins vivant et de moins original en soi, sous l’appareil le plus spécieux. Un art de seconde main, hybride et incohérent, archaïsme de la veille, rien de plus. La patience publique s’est lassée de cette comédie bruyante jouée au profit d’une autolâtrie d’emprunt, » etc., etc.

Qu’en dites-vous ? Trouvez-vous qu’il y ait là une révolution, ou, si vous aimez mieux, une réaction assez radicale ? M. Leconte de Lisle a du moins le mérite de ne pas déguiser sa pensée sous des périphrases diplomatiques. À ses yeux, rien n’existe en poésie depuis Homère, Eschyle et Sophocle ; Euripide lui-même est un corrompu et un sceptique ; Virgile, Horace, Ovide, n’ont de tolérable que ce qu’ils ont emprunté à la Grèce : en leur qualité de Romains, ils n’ont qu’à répéter ce qu’écrivait le poëte des Tristes :

Barbarus hic ego sum.


Dans le monde moderne, c’est bien pire ; il n’y a que quelques individualités puissantes, se débattant contre la barbarie, et ne réussissant qu’à révéler le douloureux contraste de la beauté de ce qu’elles pourraient faire avec la difformité de ce qu’elles font.

On le comprend, il faudrait des volumes pour répondre à ce colossal paradoxe, et tout ce que je puis vous promettre, c’est de ne pas les écrire : voici, pour ma part, l’humble objection que je me contenterai de soumettre à M. Leconte de Lisle.

De votre propre aveu, Euripide, à peine postérieur de quelques olympiades à Eschyle et à Sophocle, était déjà un sceptique, un poëte de décadence, défigurant la grande