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singulier qu’ils ne soient pas arrivés à déduire de l’observation des œuvres de Dieu ce fait vital, qu’une concordance parfaite doit être le signe d’une vérité absolue ? Depuis qu’on a reconnu cette proposition, avec quelle facilité avons-nous marché dans la voie du progrès ! L’investigation scientifique a passé des mains de ces taupes dans celle des vrais, des seules vrais penseurs, des hommes d’ardente imagination. Ceux-ci théorisent. Vous imaginez-vous les huées de mépris avec lesquelles nos pères accueilleraient mes paroles, s’il leur était permis de regarder aujourd’hui par dessus mon épaule ? Oui, dis-je, ces hommes théorisent ; et leurs théories ne font que se corriger, se réduire, se systématiser — s’éclaircir, peu à peu, en se dépouillant de leurs scories d’incompatibilité, jusqu’à ce qu’enfin apparaisse une parfaite concordance que l’esprit le plus stupide est forcé d’admettre, par cela même qu’il y a concordance, comme l’expression d’une absolue et incontestable vérité[1].

  1. Poe a cité et développé ces considérations philosophiques dans son Eureka.