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percevoir des objets qui n’existent pas du tout, ou qui depuis vingt millions d’années avant la naissance de ce peuple ont disparu de la surface du monde[1]. »

« Déraisonnable ! » dit le roi.

« Les femmes et les filles de ces incomparables sages et sorciers », continua Schéhérazade, sans se laisser aucunement troubler par les fréquentes et inciviles interruptions de son mari, « les filles et les femmes de ces éminents magiciens sont tout ce qu’il y a d’accompli et de raffiné, et se-

  1. Quoique la lumière traverse 167,000 milles en une seconde, la distance des soixante et un Cygni (la seule étoile dont la distance soit certainement constatée) est si inconcevable que les rayons mettraient plus de dix ans pour atteindre la terre. Quant aux étoiles les plus éloignées, vingt ou même mille ans seraient une estimation modeste. Ainsi, à supposer qu’elles aient été anéanties depuis vingt ou mille ans, nous pourrions encore les apercevoir aujourd’hui, au moyen de la lumière émise de leur surface il y a vingt ou mille ans. Il n’est donc pas impossible, ni même improbable que beaucoup de celles que nous voyons aujourd’hui soient en réalité éteintes.

    Herschel l’ancien soutient que la lumière des plus grandes nébuleuses aperçues à l’aide de son grand télescope doit avoir mis trois millions d’années pour atteindre la terre. Quelques-unes, visibles dans l’instrument de Lord Rosse doivent avoir au moins demandée vingt millions d’années