Page:Poe - Derniers Contes.djvu/52

Cette page a été validée par deux contributeurs.


« Je vis aussi chez ce peuple une poule sans plumes, mais plus grosse qu’un chameau ; au lieu de chair et d’os elle était faite de fer et de brique : son sang, comme celui du cheval, (avec qui du reste elle avait beaucoup de rapport) était de l’eau bouillante, et comme lui elle ne mangeait que du bois ou des pierres noires. Cette poule produisait souvent une centaine de petits poulets dans un jour, et ceux-ci après leur naissance restaient plusieurs semaines dans l’estomac de leur mère[1]. »

« Inepte ! » dit le roi.

« Un des plus grands magiciens de cette nation inventa un homme composé de cuivre, de bois et de cuir, et le doua d’un génie tel qu’il aurait battu aux échecs toute la race humaine à l’exception du grand calife Haroun Al-Raschid[2]. Un autre construisit (avec les mêmes matériaux) une créature capable de faire rougir de honte le génie même de celui qui l’avait inventée ; elle était douée d’une telle puissance de rai-

  1. L’Eccolabéion.
  2. L’Automate joueur d’échecs de Maelzel. — Poe a décrit en détail cet automate dans un Essai traduit par Baudelaire.