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lité (puisqu’ils paient), il y a un point particulier, au sujet duquel nous avons d’excellentes raisons de les accuser. Pourquoi (puisqu’ils doivent payer) ne paient-ils pas de bonne grâce et tout de suite ? Si nous étions en ce moment de mauvaise humeur, nous pourrions raconter une histoire qui ferait dresser les cheveux sur la tête de Shylock.

Un jeune auteur, aux prises avec le désespoir lui-même sous la forme du spectre de la pauvreté, n’ayant dans sa misère aucun soulagement — n’ayant à attendre aucune sympathie de la part du vulgaire, qui ne comprend pas ses besoins, et prétendrait ne pas les comprendre, quand même il les concevrait parfaitement — ce jeune auteur est poliment prié de composer un article, pour lequel il sera « gentiment payé. » Dans le ravissement, il néglige peut-être pendant tout un mois le seul emploi qui le fait vivre, et après avoir crevé de faim pendant ce mois, (lui et sa famille) il arrive enfin au bout du mois de supplice et de son article, et l’expédie (en ne laissant point ignorer son pressant besoin) à l’éditeur bouffi, et au propriétaire