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admirablement adaptée à la furieuse démence qui est la thèse du poème.

Parmi les petits poèmes de lord Byron il en est un qui n’a jamais reçu de la critique les hommages qu’il mérite incontestablement[1].


Quoique le jour de ma destinée fut arrivé,
Et que l’étoile de mon destin fut sur son déclin,
Ton tendre cœur a refusé de découvrir
Les fautes que tant d’autres ont su trouver ;
Quoique ton âme fut familiarisée avec mon chagrin,
Elle n’a pas craint de le partager avec moi,
Et l’amour que mon esprit s’était fait en peinture,
Je ne l’ai jamais trouvé qu’en toi.

Quand la nature sourit autour de moi,
Le seul sourire qui réponde au mien,
Je ne crois pas qu’il soit trompeur,
Parce qu’il me rappelle le tien ;
Et quand les vents sont en guerre avec l’océan,
Comme les cœurs auxquels je croyais le sont avec moi,
Si les vagues qu’ils soulèvent excitent une émotion,
C’est parce qu’elles me portent loin de toi.

Quoique le roc de mon espérance soit fracassé,
Et que ses débris soient engloutis dans la vague,
Quoique je sente que mon âme est livrée
À la douleur — elle ne sera pas son esclave.
Mille angoisses peuvent me poursuivre ;
Elles peuvent m’écraser, mais non me mépriser —
Elles peuvent me torturer, mais non me soumettre —
C’est à toi que je pense — non à elles.

  1. Ce poème est adressé à Augusta Leigh, la sœur de Byron.