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Oh ! pourquoi l’amour a-t-il été fait, s’il ne reste pas le même
Dans la joie et le tourment, dans la gloire et la honte ?
Je ne sais pas, je ne demande pas, si ton cœur est coupable ;
Je ne sais qu’une chose, c’est que je t’aime, quelle que tu sois.
Tu m’as appelé ton Ange dans les moments de bonheur,
Je veux rester ton Ange, au milieu des horreurs de cette heure,
À travers la fournaise, inébranlable, suivre tes pas,
Te servir de bouclier, te sauver — ou mourir avec toi !


Depuis quelque temps c’est la mode de refuser à Moore l’Imagination en lui laissant la Fantaisie — distinction qui a sa source dans Coleridge — qui mieux que personne cependant a compris le génie de Moore. Le fait est que chez Moore la Fantaisie prédomine tellement sur toutes ses autres facultés, et surpasse à un si haut degré celle des autres poètes, qu’on a pu être naturellement amené à ne voir en lui que de la Fantaisie. Mais c’est une grave erreur, et c’est faire le plus grand tort au mérite d’un vrai poète. Je ne connais pas dans toute la littérature anglaise un poème plus profondément, — plus magiquement imaginatif, dans le meilleur sens du mot, que les vers qui commencent ainsi : « Je voudrais être près de ce lac sombre » — qui sont de la main de Thomas Moore.