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Les amis que j’aime venaient pleurer,
Ils n’auraient point hâte de s’en aller :
De douces brises, et la chanson, et la lumière, et la fleur
Les retiendraient près de ma tombe.

Tout cela à leurs cœurs attendris porterait
La pensée de ce qui a été,
Et leur parlerait de celui qui ne peut partager
La joie de la scène qui l’entoure ;
De celui pour qui toute la part de la pompe qui remplit
Le circuit des collines embellies par l’été,
Est : — que son tombeau est vert ;
Et ils désireraient profondément, pour la joie de leurs cœurs,
Entendre encore une fois sa voix vivante.


Le courant rythmique ici est, pour ainsi dire, voluptueux ; on ne saurait lire rien de plus mélodieux. Ce poème m’a toujours causé une remarquable impression. L’intense mélancolie qui perce, malgré tout, à la surface des gracieuses pensées du poète sur son tombeau, nous fait tressaillir jusqu’au fond de l’âme — et dans ce tressaillement se retrouve la plus véritable élévation poétique. L’impression qu’il nous laisse est celle d’une voluptueuse tristesse. Si, dans les autres compositions qui vont suivre, on rencontre plus ou moins apparent un ton analogue à celui-la, il est bon de se rappeler que cette teinte accusée de tristesse est inséparable (comment ou pourquoi ? je ne le sais) de toutes les manifes-