Page:Poe - Derniers Contes.djvu/305

Cette page a été validée par deux contributeurs.


ciera cette chaleur d’une imagination en même temps si délicate et si éthérée ; mais personne ne la sentira aussi pleine-

    avons publiée des Poésies complètes de Shelley, (3 v. in-18, Albert Savine, éditeur.) Nous saisissons avec empressement cette occasion d’ajouter le remarquable jugement de Poe sur Sheiley aux nombreuses appréciations de la Critique Anglaise que nous avons citées dans notre livre : Shelley : sa vie et ses œuvres (1 v. in-18) qui commente et complète notre traduction.

    « Si jamais homme a noyé ses pensées dans l’expression, ce fut Shelley. Si jamais poète a chanté (comme les oiseaux chantent) — par une impulsion naturelle, — avec ardeur, avec un entier abandon — pour lui seul — et pour la pure joie de son propre chant — ce poète est l’auteur de la Plante Sensitive. D’art, en dehors de celui qui est l’instinct infaillible du Génie — il n’en a pas, ou il l’a complètement dédaigné. En réalité il dédaignait la Règle qui est l’émanation de la Loi, parce qu’il trouvait sa loi dans sa propre âme. Ses chants ne sont que des notes frustes — ébauches sténographiques de poèmes — ébauches qui suffisent amplement à sa propre intelligence, et qu’il ne voulut pas se donner la peine de développer dans leur plénitude pour celle de ses semblables. Il est difficile de trouver dans ses ouvrages une conception vraiment achevée. C’est pour cette raison qu’il est le plus fatigant des poètes. Mais s’il fatigue, c’est plutôt pour avoir fait trop peu que trop ; ce qui chez lui semble le développement diffus d’une idée n’est que la concentration concise d’un grand nombre ; et c’est cette concision qui le rend obscur.

    « Pour un tel homme, imiter était hors de question, et ne répondait à aucun but — car il ne s’adressait qu’à son propre esprit, qui n’eût pas compris une langue étrangère — c’est pourquoi il est profondément original. Son étrangeté provient de la perception intuitive de cette vérité que Lord Bacon a seul exprimé en termes précis, quand il a dit :