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grand ouvrage ne peut être réputé poétique, que si, perdant de vue cette condition vitale exigée de toute œuvre d’art, l’Unité, nous le considérons simplement comme une série de petits poèmes détachés. Si, pour sauver cette Unité, — la totalité d’effet ou d’impression qu’il produit — nous le lisons (comme il le faudrait alors) tout d’un trait, le seul résultat de cette lecture, c’est de nous faire passer alternativement de l’enthousiasme à l’abattement. À certain passage, où nous sentons une véritable poésie, succèdent, inévitablement, des platitudes qu’aucun préjugé critique ne saurait nous forcer d’admirer ; mais si, après avoir parcouru l’ouvrage en son entier, nous le relisons, laissant de côté le premier livre pour commencer par le second, nous serons tout surpris de trouver maintenant admirable ce qu’auparavant nous condamnions — et condamnable ce qu’auparavant nous ne pouvions trop admirer. D’où il suit, que l’effet final, total et absolu du poème épique, le meilleur même qui soit sous le soleil, est nul — c’est là un fait incontestable.