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sera donné de conquérir l’admiration des gens qui pensent, c’est par son amour du Beau, par sa connaissance des conditions harmoniques de la beauté, par sa poésie profonde et plaintive, ouvragée néanmoins, transparente et correcte comme un bijou de cristal, — par son admirable style, pur et bizarre, — serré comme les mailles d’une armure, — complaisant et minutieux, — et dont la plus légère intention sert à pousser doucement le lecteur vers un but voulu, — et enfin surtout par ce génie tout spécial, par ce tempérament unique, qui lui a permis de peindre et d’expliquer d’une manière impeccable, saisissante, terrible, l’exception dans l’ordre moral. — Diderot, pour prendre un exemple entre cent, est un auteur sanguin ; Poe est l’écrivain des nerfs, et même de quelque chose de plus — et le meilleur que je connaisse. »

Ajoutons que ce fut une bonne fortune exceptionnelle pour Edgar Poe de rencontrer un traducteur tel que Baudelaire, si bien fait par les tendances de son propre esprit pour comprendre son génie, et le rendre dans un style qui a toutes les qua-