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gements critiques que j’ai portés sur la poésie. Je soutiens qu’il n’existe pas de long poème ; que cette phrase « un long poème » est tout simplement une contradiction dans les termes.

Il est à peine besoin d’observer qu’un poème ne mérite ce nom qu’autant qu’il émeut l’âme en l’élevant. La valeur d’un poème est en raison directe de sa puissance d’émouvoir et d’élever. Mais toutes les émotions, en vertu d’une nécessité psychique, sont transitoires. La dose d’émotion nécessaire à un poème pour justifier ce titre ne saurait se soutenir dans une composition d’une longue étendue. Au bout d’une demi-heure au plus, elle baisse, tombe ; — une révulsion s’opère — et dès lors le poème, de fait, cesse d’être un poème.

Ils ne sont pas rares, sans doute, ceux qui ont trouvé quelque difficulté à concilier cet axiome critique, « que le Paradis Perdu est à admirer religieusement d’un bout à l’autre » avec l’impossibilité absolue où nous sommes de conserver, durant la lecture entière, le degré d’enthousiasme que cet axiome suppose. En réalité, ce