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Filouter est sa destinée. « L’homme a été fait pour pleurer », dit le poète. Mais non ; il a été fait pour filouter. C’est là son but, son objet, sa fin. C’est pour cela, que lorsqu’un homme a été filouté, on dit qu’il est refait.

La filouterie, bien analysée, est un composé, dont les ingrédients sont : la minutie, l’intérêt, la persévérance, l’ingéniosité, l’audace, la nonchalance, l’originalité, l’impertinence et la grimace.

Minutie. — Notre filou est méticuleux. Il opère sur une petite échelle. Son affaire, c’est le détail ; il lui faut de l’argent comptant ou un papier bien en règle. Si par hasard il est tenté de se lancer dans quelque grande spéculation, alors il perd aussitôt ses traits distinctifs, et devient ce que l’on appelle « un financier. » Ce dernier mot implique tout ce qui constitue la filouterie, excepté que le financier travaille en grand. Un filou peut donc être regardé comme un banquier in petto — et une opération financière, comme une filouterie à Brobdignag. L’un est à l’autre ce qu’Homère est à Flaccus, — un mastodonte à une souris, la