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TROISIÈME ENNÉADE, LIVRE IX.


Père signale ses rapports avec notre auteur au sujet de sa doctrine sur l’unité et l’incompréhensibilité de Dieu :

« Ex Latinis unum proferam Marium Victorinum Afrum ita in speciem Platonico patrocinantem systemati ut a Christianœ Theologiœ castris secessisse videri possit, et mox tamen, et se et quæcunque dixerat, Christianæ Catholicæque veritati reddentem et aptantem : « Ante omnia quæ vere sunt Unum fuit, sive Unalitas, sive ipsum Unum, antequam sit esse ei esse unum[1], etc. » (Dogmata theologica, t. I, p. 101. Voy. encore ibid., p. 71, 207, 229.)

Mais, avant d’aller plus loin, il faut que nous fassions connaître au lecteur quel rôle a joué Victorinus. Quoique cet auteur soit aujourd’hui aussi peu connu qu’Euloge, il a une tout autre importance pour l’histoire de la philosophie : c’est que, par ses traductions, il a fait connaître à saint Augustin plusieurs des livres de Plotin ; il a ainsi servi d’intermédiaire entre le chef de l’école néoplatonicienne et le docteur le plus accrédité du christianisme.

A. Victorinus avait traduit les livres de Plotin et de Porphyre que cite saint Augustin.

Saint Augustin nous apprend lui-même que c’est par des traductions latines qu’il a connu les livres des Platoniciens qu’il cite, c’est-à-dire de Plotin et de Porphyre. Voici en quels termes il s’exprime à ce sujet dans ses Confessions (VII, 9) :

« Votre bonté, mon Dieu, me voulant faire connaître comme vous résiste : aux superbes et accordez votre grâce aux humbles, et combien est grande la miséricorde que vous avez fait paraître aux hommes dans cette prodigieuse humilité, par laquelle votre Verbe s’est fait homme et a habité parmi nous, vous permîtes que, par le moyen d’un homme extraordinairement vain et glorieux, il me tombât entre les mains des livres des Platoniciens traduits du grec en latin. Je les lus et j’y trouvai les vérités suivantes, non pas en propres termes, mais absolument dans le même sens, et avec plusieurs sortes de preuves à l’appui : que dès le commencement était le Verbe, que le Verbe était en Dieu et que le Verbe était Dieu ; que le Verbe était en Dieu dès le commencement ; que toutes choses ont été faites par lui, et que rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui ; que ce qui a été fait en lui est la vie ; que cette vie était la lumière des hommes, que la lumière luit dans les ténèbres, mais que

  1. Nous abrégeons la citation parce que nous donnons la traduction complète de ce morceau ci-après, p. 563.