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LE CUISINIER. Mettez-vous à table, vous et vos convives. Mes plats se gâtent déjà.

BALLION. Hum ! voyez un peu quelle engeance ! Cet autre apprenti lèche-plat est déjà un franc drôle. Je ne sais ma foi de quoi me garer d’abord, tant j’ai de filous chez moi ; (montrant la maison de Pseudolus) et le corsaire est sous les armes. Tout à l’heure mon voisin, le père de Calidore, m’a recommandé très-instamment sur la place de me méfier de son esclave Pseudolus, de ne pas l’écouter : car il rôde aujourd’hui pour tâcher de me souffler la fillette, et il a juré ses grands dieux, à ce que dit le maître, de m’enlever Phénicie par ses stratagèmes. Rentrons, et prévenons tout le monde au logis, que personne ne prête l’oreille à ce Pseudolus.


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ACTE IV.


SCÈNE I. — PSEUDOLUS, SIMIA.


PSEUDOLUS. Si jamais les dieux immortels ont voulu venir en aide à quelqu’un, c’est bien Calidore et moi qu’ils protégent, et notre vil marchand qu’ils veulent perdre, puisqu’ils ont mis au jour pour me seconder un homme si habile et si adroit… Mais où est-il ? suis-je sot, de causer ainsi tout seul avec moi-même ! Il s’est moqué de moi, je pense ; fin contre fin, j’ai mal pris mes mesures. Par Pollux, c’est fait de moi s’il s’est éclipsé : je ne viendrai pas aujourd’hui à bout de mon entreprise… Ah ! le voici, cette statue de bouleau : quelle superbe démarche ! Ah çà, dis-moi, je te cherchais ; j’avais grand’peur que tu n’eusses détalé.

SIMIA. J’aurais agi en cela à ma mode, j’en conviens.

PSEUDOLUS. Où t’es-tu arrêté ?

SIMIA. Où il m’a plu.

PSEUDOLUS. Je le savais bien.

SIMIA. Alors, pourquoi demandes-tu ce que tu sais ?

PSEUDOLUS. Je veux te donner, un avertissement.

SIMIA. Garde-le, il t’est plus nécessaire qu’à moi.

PSEUDOLUS. Tu finis par être bien dédaigneux.

SIMIA. Eh ! si je ne l'étais pas, comment aurais-je l’air d’un homme d’épée ?

PSEUDOLUS. J’entends qu’on se mette à l’œuvre tout de suite.