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INTRODUCTION

membres de la cité ; c’est l’esprit de l’éducation, qui ne laisse les jeunes hommes libres et sans tutelle que lorsqu’elle a établi en eux, comme dans la cité, une constitution qui donne le pouvoir à ce qui vaut le mieux (591 a).

Nous voyons enfin qu’il ne sert à rien de commettre l’injustice, dût-elle nous donner richesse et puissance, et que, l’injustice une fois commise, l’impunité serait le plus grand dommage, puisque le châtiment corrige et convertit (cf. II, 380 b et Gorgias 473 b, 476-78). Le sage dirigera donc toute sa vie vers la culture de l’âme et de son bien, n’estimant les sciences qu’autant qu’elles conduisent à cette fin, ne cultivant l’harmonie de ses puissances corporelles qu’en vue de l’harmonie de sa cité intérieure, évitant de compromettre celle-ci par trop de richesse ou trop de pauvreté ou par une poursuite indiscrète des honneurs. Il ne fera donc pas de politique active dans sa patrie, s’il n’y est contraint par quelque nécessité providentielle, se réservant pour la cité de son rêve, celle que nous avons décrite. Réalisable ou non quelque jour, elle n’en subsiste pas moins réellement, modèle céleste offert à quiconque veut le contempler pour régler et modeler d’après lui la cité qu’il construit dans son âme. Ainsi la « politique » de Platon demeure la même ici qu’elle était au Livre VII et que nous la montreront les Lettres : politique de non-participation et d’attente ; non-participation à des régimes essentiellement mauvais ; attente, parce que le philosophe ne veut pas faire violence à sa patrie et parce que, cependant, une chance providentielle peut subvenir ; mais attente active, de propagande et d’enseignement auprès de « ceux qui veulent voir », et d’intense formation personnelle. Ni par ses dialogues, ni par la direction qu’il a donnée à l’Académie, ni par ses entreprises en Sicile, Platon n’a démenti ce programme.

LE LIVRE X : CONCLUSION GÉNÉRALE

1. — La Condamnation de la Poésie.

Pourquoi
on la renouvelle ici.

Étrange à première vue en cet endroit et d’ailleurs amenée comme un épilogue, choquante pour beaucoup de lecteurs, scandaleuse pour certains et contristant, dans le cœur même